Tout oublier, effacer, supprimer. Tirer un trait, en somme. Appuyer sur une touche et tout laisser s'en aller. Les réseaux sociaux m'ont envahi de ta présence. D'un côté, je ne suis guère dérangé. J'aime bien avoir de tes nouvelles de manière indirecte. Mais parfois ça m'encombre et je me rends compte à quel point tu me manques, à quel point tout ça me manque. Des fois, je suis au croisement du point critique. Prêt à lâcher mon ego et revenir vers toi. Mais non, à chaque fois j'arrive à me retenir. Parce que tu me l'as dit, on a besoin de refaire nos vies, peu importe ce qu'il se passe.
L'oubli est certainement la manière la plus lâche de faire face à ses problèmes, puisqu'on ne les affronte pas, du coup. Non, si tu les écoutes, tous, il est préférable de "se servir de ses problèmes passés comme appui pour une vie future qui sera, non pas exempte de tous problèmes, mais plus facilement supportable car tu connaîtras déjà la réponse à ces problèmes". Et ça, ce n'est pas être lâche, peut-être ? Ce n'est pas se voiler la face, se construire une muraille, se dire "je l'ai déjà vécu, je sais ce que ça fait, c'est pas grave" ? Si, bien sûr que si. C'est peut-être pas plus lâche que l'oubli, mais on n'est jamais loin.
Et qui dit "oublier" dit "se souvenir". Qui dit se souvenir dit souffrir. Et souffrir nous donne l'impression d'être vivant. Donc non, oublier n'est pas forcément un travail de suppression. Peut-être qu'oublier, c'est juste ranger ses souvenirs dans une malle, laisser cette malle au fond du grenier et la ressortir lors d'un déménagement. Se souvenir, c'est comme remonter une autoroute. La plupart du temps ça roule bien, tu connais par coeur. Des fois, ça bouchonne, c'est long. Des fois, c'est dangereux, y'a du verglas. D'autres fois, ça tue. C'est comme ça. Mais c'est, ce qui fait la beauté du souvenir oublié, je pense. On le retrouve, mais on ne sait pas ce qui va se passer. Des fois, ça traverse l'esprit, comme un fantôme. Des fois, ça installe sa caravane à l'arrière de la Twingo qu'est ta vie et en route pour la joie. Te taper mille bornes avec une caravane au cul de la Twingo, c'est long, ça consomme. Mais une fois que tu es arrivé, t'es content. Parce que tu l'as fait, parce que tu savais que cette bonne vieille Twingo ne pouvait pas te lâcher comme ça au milieu du chemin.
Le chemin du souvenir, c'est un chemin vers nulle part, quand on y pense. On tente d'aller vers un passé virtuel, qui ne peut être touché. Revivre le passé pour mieux se préparer à un hypothétique avenir. Au final, et en y réfléchissant bien, je trouve ça un peu stupide, même si c'est ma façon d'avancer. J'ai l'impression de rester collé, d'avoir les pieds vissés dans du béton. Et pourtant ça me plaît. Parce qu'une fois sur quatre, ça me permet d'avancer d'un grand pas, en déchirant les vieilles pompes usées, en remettre des nouvelles et attendre le prochain coup de perceuse. Voilà, c'est ça se souvenir. De la Twingo à la perceuse. Une route vers nulle part. Le souvenir est un putain de cul-de-sac.
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