samedi 25 octobre 2014

The Gray Chapter, Slipknot

L'hommage à Paul ne pouvait pas être plus clair



S'il y a bien un album que nous n'attendions plus, metalleux de tous bords qui n'osons l'avouer, c'est bien ce dernier Slipknot. Parce qu'on a beau avoir plus de 15 piges maintenant, un shot de Slipknot fait toujours cet effet revigorant, presque une catharsis de nos années noires. Mais ça, personne n'osera l'avouer. Parce que Slipknot, c'est pour les ados et qu'on bosse dans le service public maintenant, alors les cheveux longs et les baggys troués, c'est mort, tu vois. Et bon, faut dire ce qui est, l'avenir du Knot était grandement compromise depuis que Paul Gray s'est fait la belle et que Jordison se soit fait virer du groupe. Une couche s'est encore ajoutée quand Jim Root s'est barré de Stone Sour. Bref, tout ce tapage autour du groupe n'augurait rien du tout de bon et laissait présager un retour plus que mitigé, voire même bâclé, des Neuf Masqués.

Autant dire que je m'étais un peu trompé sur cet album. Les deux singles sortis soufflaient le chaud et le froid. The Devil in I promettait un Slipknot plus sur la piste de Stone Sour, plus mélodique et plus linéaire, alors que The Negative One promettait un Slipknot pure race. En mon for intérieur, j'avais cette pensée qui me soufflait que ça serait vraiment bien que ça ressemble à un Slipknot mâtiné de Stone Sour, un truc hybride détonnant et étonnant. Autant dire que j'ai été un peu déçu quand The Negative One, premier single est sorti. Trop bourrin, trop Slipknot post 1999. Alors, quand The Devil in I est sorti, je me suis dit que le mélange des deux genres pourrait donner un truc vraiment bien et vraiment original. Peu de morceaux lugubres, voire glauque, pour asseoir un peu plus l'ambiance qui émergeait des trailers que le groupe avait utilisé pour sa communication. On en retrouve un peu dans Be Prepared for Hell (que j'aurais bien vu en introduction à la place de XIX, du coup)

Et ça a été le cas. Très clairement, cet album repose sur l'ambivalence de chaque période. Les morceaux durs, avec un Sid Wilson en exergue, comme sur Custer ou Nomadic. Dur, froid, distant. Depuis que j'ai découvert Slipknot, en 2009, ma préférence va vers des morceaux plutôt longs, plutôt malsains, comme Gehenna, comme ici avec le morceau qui clôture ce Chapter V, If Rain is Whar You Want, avec une intro en arpèges et en percussion, qui fait clairement monter la pression. D'autres morceaux sont plus dans la veine d'All Hope is Gone, plus mélodiques, moins bourrins, comme Killpop ou Goodbye. Ces morceaux s'inscrivent dans une partition d'époque à proprement parler. Un genre hybride entre Stone Sour et Slipknot, à la limite du StoneKnot (ou du SlipSour si vous voulez). C'est clairement ce qui ressort de cet album. Slipknot serait devenu une sorte de side-project, comme l'avait été Stone Sour par un temps. C'est pas gênant si la qualité prime sur la quantité, s'il n'y a pas de besoin de clamer au monde "Regardez, on est encore là tous les deux ans malgré tout". Si Slipknot continue à sortir ce genre d'album tous les 4 à 5 ans, y'a pas de problème !

Cet album marque aussi l'avènement de Corey Taylor comme l'un des chanteurs du metal les plus polyvalents et les plus puissants vocalement parlant. Même si cela était acté depuis pas mal de temps, on a l'impression qu'il a encore repoussé les limites de son talent. Même si les changements sont moins marqués que dans All Hope is Gone (et notamment Psychosocial, même si faire plus puissant et plus contrasté que ce morceau risque d'être terriblement compliqué). C'est un peu le cas dans AOV, avec des refrains en scream alors que les couplets sont en chant clair.

Les contrastes internes à l'album sont donc assez saisissants. Slipknot fait taire les rumeurs comme quoi il serait en perte de vitesse, voire même sévèrement amoché suite à la mort de Paul Gray et au départ de Jordison. Un tournant s'est clairement opéré, et même si c'est évident à dire, le groupe ne sera plus jamais dans les mêmes dispositions pour créer de la musique. La production de cet album est quasiment parfaite, et le duo basse-batterie assure à plein régime. Alors que c'était loin d'être évident.

dimanche 21 septembre 2014

And I'm fading... again.

J'avais fracassé mes poings sur la porte de ton appartement. J'avais tambouriné aux fenêtres comme un damné, comme un mort de faim, un type qui veut juste vivre. Tu étais là, assise en tailleur sur un coussin mauve, regardant la télé, cigarette à la main. Tu refusais de me pouvoir. Pouvais-tu au moins m'entendre ? J'en doute. Je doute, à vrai dire. Et tu sais pourquoi ? J'avais beau m'arracher les cordes vocales, exploser mes mains sur ta porte, sur tes murs, tes fenêtres, tu ne réagissais pas. Même pas un mouvement de tête, rien. Tu continuais à fixer la télé. Comme vide. Ou alors l'étais-je ? C'est sûrement ça. Je devais être la personne inconsistante dans l'histoire. Celle qui fait tout pour se faire remarquer mais que personne ne voit jamais. De celles qui gueulent leur souffrance au monde, mais qui ne sont entendues que par une poignée d'individus sur sept putain de milliards de personnes.

Plus j'attendais plus je te voyais t'éloigner, tant physiquement que psychiquement. Tu disparaissais. En fait, je ne pourrais trouver de mot assez représentatif en français. Si je devais utiliser un seul mot, ça sera fade. C'est celui qui me semble avoir le plus de sens, le plus de consistance, pour le coup. Inversement proportionnel à ma situation, on va dire. Ce qui me fait dire que c'était moi, l'inconsistant, le transparent dans l'histoire c'est que même les gens qui passaient dans la rue ne me voyaient pas. Ou alors faisaient-ils semblant, de crainte qu'un taré les agresse sauvagement à l'arme blanche ? Je n'en sais rien. J'en doute. Pas un seul n'aura tourné la tête ni même esquissé un regard dans ma direction.

Depuis longtemps, je me doutais. Depuis longtemps, je luttais contre l'inévitable. Celui où tout devait s'écrouler. S'entrechoquer avec une telle puissance que la poussière se serait retrouvée en suspension dans l'air pendant des années. Il aurait fallu compter les os, choisir les bons, les remettre en place. Un putain d'ossuaire, des catacombes à ciel ouvert, sur des milliers de kilomètres. Tout reconstruire, morceau par morceau. Prétendre qu'au final, c'était pas grand chose et qu'on a réussi. Oublier qu'on a galéré, qu'on a eu envie d'abandonner plus d'une fois et de se suspendre à une poutre avec ce qui nous passait sous la main. Oublier, aussi, les moments de tension, ceux qui donnent envie de frapper dans tout et n'importe quoi, du moment qu'on évacue la colère et l'énervement grandissant. Toute cette frustration emmagasinée. Compter les os pour se reconstruire et passer à autre chose. Changer de peau. Penser différemment. Think different, comme dirait l'autre. Et pour faire quoi ? Suivre la masse. Bien joué. Fouiller les décombres pour tenter de trouver quelque chose de viable, quelque chose qui tient encore la route malgré les dégâts. Tenter de reconstruire un semblant de vie. Comme la créature de Frankenstein. Quelque chose pas forcément esthétique mais qui tiens la route. Et qui vit. Du moins qui survit.

J'étais perdu dans les ténèbres. Au loin, une cloche résonnait. Comme Big Ben, en plus lourd, plus plaintif et plus long. Tout était désert, comme après l'apocalypse. Comme si toute la Terre se retrouvait figée dans un autre espace temps. Comme si le gel du mois de janvier montait au sommet de la Tour Eiffel. Comme si plus rien n'avait d'importance. J'étais debout, je commençais à geler au mois d'août. Dériver lentement, me laisser porter, ne plus rien sentir. Enfin sombrer. Enfin en finir. Il y avait quelque chose de rassurant. J'aurais aimé te dire, enfin une dernière fois, combien de fois c'est toi qui m'a donné la force de relever le front, de remonter du fond, qui m'a montré le ciel, quand il était bleu.

Juste une minute, juste une dernière chance avec toi. Je peux tout abandonner, tout, pour toi. Mais on ne peut pas remonter le temps, et je vois, à travers mes larmes, les lumières s'estomper, le jour s'en aller. Fuir, juste fuir, ne plus faire demi-tour. Ma grosse erreur ? Ne pas savoir ce que j'aimais, jusqu'à ce que ça se délite. Et il est trop tard. Maintenant il est trop tard, et je vois les ténèbres à travers les fissures de ton mur. Je les laisse alors s'échapper de la brèche et m'entourer. Nous ne faisons plus qu'un. Finalement, c'est confortable. And I've become comfortably numb. Je te vois te lever, venir à la fenêtre, avec cette tristesse dans ton regard, quelque chose d’indicible, avant que tu ne refermes les rideaux et que seules les ombres demeurent. Peu importe la place que tu décideras de prendre dans mon coeur, elle sera toujours à toi.

mardi 9 septembre 2014

Solstafir, Otta

Masterpiece of the Ages



Dans le petit monde fermé du metal, il y a des groupes qui brisent les frontières et se permettent une fantaisie qui, loin de leur jouer des tours, leur permet d'asseoir leur domination sur un monde, a priori, réfractaire aux innovations et qui n'aime que le bourrin (oui, je caricature, mais c'est le but, ne vous en faites pas). En effet, beaucoup de groupes se fracassent les dents quand ils essayent d'innover dans leur musique, je pense notamment à KoRn et son virage à 720° pris, en premier lieu avec Skrillex et qui s'est plus ou moins prolongé lors du dernier album, The Paradigm Shift. Beaucoup de groupes, aussi, son sous-considérés car pas assez représentatifs de la scène metal et "s'éloignant trop les principes de base" (mais quels sont les principes de base du metal, je vous le demande). Venons-en, si vous le voulez bien, au nerf de la guerre et au centre de cette chronique, un peu tardive, je vous l'accorde.

Solstafir est l'un de ces groupes que je rêve de voir en live. J'étais à deux doigts d'aller au Summer Breeze en 2013 (où ils étaient programmés), mais les plans ont foiré quelques jours avant. Je me suis rattrapé en regardant le live au Hellfest de cette année. Solstafir n'est pas, à proprement parler, un groupe de metal. Bien qu'ils aient fait du black (ils sont islandais, c'est la base, quoi), les quatre gaillards venus du pays du froid, des volcans et de l'Enfer (selon la mythologie grecque) se sont tournés, assez tardivement, vers un post-rock mi-planant mi-violent, comme si Mötörhead avait fait un enfant avec Mogwai (ouais, bon, un Gremlin, quoi). Ou alors comme si on se laissait plonger dans un volcan avant de ressortir au milieu d'un fjord gelé. Solstafir, c'est tout ça. C'est un ensemble, presque indescriptible.


Solstafir, c'est la musique des sentiments bruts, c'est la musique qui nous révèle à nous-mêmes si on accepte de se laisser porter par les quatre chevaliers de l'Apocalypse venus du froid. Il est très difficile de définir vraiment la musique du groupe, tant est si bien qu'on est presque tenté de ne pas le faire, et ce, pour une raison simple : expliquer Solstafir serait lui enlever sa magie, le petit truc en plus qui fait que ce groupe est incontournable. Qu'est-ce que ce petit truc ? Pour moi, c'est tout simplement le fait qu'ils utilisent beaucoup d'islandais dans leurs albums, surtout depuis Svartir Sandar. Köld avait ça de bien pensé : faire de ce CD de la renaissance (je le vois comme ça), un tremplin vers le monde. Et pour se faire, quoi de mieux que l'anglais, me direz-vous. Loin de décontenancer, les albums en islandais sont vrais, tant dans leur fond (qu'on ne comprend pas, ouais, je sais, mais ça se sent), que dans leur forme. C'est puissant et beau. C'est une claque faite de crème chantilly.

J'ai généralement envie de pousser le vice de la critique loin, tant à propos du fond qu'à propos de la forme, c'est valable pour à peu près tout, tant les films que les bouquins ou la musique. Ici, je ne peux tout simplement pas. Le fond est rendu incompréhensible par l'utilisation de l'islandais. Cela dit, c'est bien joué de leur part : on se concentre plus sur l'ambiance de chaque morceau que sur ce que ce moreau signifie. La forme est, quant à elle, ciselée, fine et précise, parfois massive, souvent aérienne, loin des standards de la musique et plus proche d'un rapport qui m'apparaît comme "l'art pour l'art" : ne pas faire quelque chose pour le vendre, mais le faire parce que ça apporte une nouvelle dimension à l'art. L'art pour l'art, c'est quelque chose que l'on fait d'abord pour soi, mais aussi, et finalement, pour les autres : il y a des sentiments, des émotions à partager qui ne sont pas descriptibles et qui pourraient souffrir de cette description. Solstafir évite de définir sa musique, évite de cadrer ses productions et leur durée. Ils ont aussi eu l'intelligence et le génie de faire émerger l'islandais dans un monde ou, si tu ne chantes pas en anglais, tu n'es écouté que dans ton pays natal.

Pour tout cela, messieurs, chapeau bas.

lundi 11 août 2014

Going Nowhere

Parfois, je marche au hasard, je déambule dans des rues que je ne connais que trop bien, que j'ai arpenté des centaines de fois, que j'ai parcouru dans les deux sens. Ces rues qui, malgré tout, ont encore des secrets pour moi, qui seront toujours, paradoxalement, des inconnues. Comme ces gens que l'on croise trois ou quatre fois dans sa vie; de ces gens qu'on apprécie la compagnie mais que l'on serait incapable de décrire à quelqu'un tellement on les connait peu. En dehors de quelques traits physiques, on ne peut pas aller plus loin.

Cette ville, c'est la mienne. J'y suis né, j'y ai vécu, pas longtemps, j'ai quelques souvenirs (qui n'en sont certainement pas, d'ailleurs) de cet appartement rue du Général Leclerc, mais rien de plus de cette période. Ensuite, je me suis éloigné. Pour revenir, régulièrement, dans le centre-ville. Toujours le centre-ville. Immuable. Jusqu'alors, je pensais qu'il l'était. Et non, je me suis rendu compte que, tout comme moi, ce centre-ville qui m'était si cher allait évoluer et que, quand j'allais partir, il allait continuer à changer sans moi, et moi sans lui.

C'est presque une relation amour-haine que j'ai avec cette ville. Je l'aime parce que c'est ma ville. Celle où j'ai vécu des paquet de trucs, de mon premier concert à mon premier verre avec les potes (pas le même soir). De cette fête d'Halloween particulièrement géniale, de ce nouvel an qui l'était autant. Des gens que j'ai rencontré là-bas et que je n'aurais pas rencontré ailleurs. De ces gens que je n'ai pas rencontré et qui sont probablement géniaux. Je déteste cette ville parce qu'elle ne m'a jamais donné assez, elle ne m'a jamais permis d'accomplir tout ce que je voulais accomplir. Elle a réussi à me frustrer là où j'aurais dû réussir, là où j'aurais aimé réussir, pour (me) prouver que je pouvais faire ce que je voulais, où je voulais et quand je voulais. Je déteste cette ville pour ses concerts trop peu nombreux et souvent trop chers ou mal bookés (ouais, un mardi soir à 22h quand j'ai cours le lendemain à 8h, merci !). Mais bon, on s'y accoutume. Et c'est là qu'est la richesse de cette relation.

J'aime cette ville. Vraiment. Mais je tourne en rond dans cet endroit exigu. Alors parfois, je rêve. Je rêve de loin et de destinations exotiques. Pas des palmiers et des plages, ça me gave. Mais des paysages rocheux, au bord d'une mer froide et agitée. Celle où l'on ne peut pas se baigner. Parce que j'aime pas les gens qui se baignent. Toujours à te chercher des noises parce que tu vas pas dans l'eau. Mais bref.

J'aime ma ville. Pour rien au monde, je n'envisagerais d'y voir autre chose que la ville qui m'a vu grandir. Mais je veux voir d'autres paysages, pour qu'en revenant, je sache que je l'aimerai toujours.

lundi 4 août 2014

"I can't remember anything, can't tell if this is true or dream"

J'ai souvent l'impression d'être dans l'irréel. Je ne sais pas si tu connais cette sensation. Celle où tu espères très fort que la vie que tu mènes ne soit qu'un rêve et que, au moment où tu vas te réveiller, ta vie recommencera il y a une semaine, trois mois, cinq ans. 8h après que tu te sois endormi et que tu aies fait le rêve le plus réaliste qu'il t'ait été donné de faire. J'ai toujours souhaité connaître l'allégresse de ce genre de moments. De ceux où tu sais ce qu'il va se passer et que tu pourras tout contrôler, peu importe ce qu'il se passe. Mais je ne connaîtrai jamais ce sentiment. Et ça, ça me rend triste. Parce que tout ce que j'ai vécu, je ne le revivrai pas. Les rencontres que j'ai manquées le resteront. Les amitiés détruites le seront pour toujours, et seront, à jamais, des plaies ouvertes, peu importe à quel point je recherche le salut et le pardon.

J'aurais aimé avoir quinze ans pour toujours. Même si ça a été la plus triste sur le plan sentimental, c'est celle qui m'a le plus appris, tant sur moi que sur les autres. Sur la nature humaine en général, pour simplifier. Je pourrai pousser jusqu'à mes seize ans, mais pas plus loin. Ça risquerait de devenir fade, après, alors bon... Parmi tous les motifs que j'ai énoncés, celui qui reste suspendu devant mes yeux, ce sont ces rencontres gâchées, ces personnes que j'ai pu faire souffrir, d'une manière indirecte ou non, parce que je souffrais de leur absence. Ou de leur présence. Il n'y a rien de plus triste que de voir à quelle vitesse on oublie.

"De jour en jour, on oublie. On oublie tout. On oublie les voix des personnes, on finit par oublier le pire. Le meilleur reste, flotte encore un instant mais finit par sombrer. Comme tout le reste. Ce qu'on a pu en retenir, les moralités, cela finit par se brouiller, comme la surfacer de l'eau sur laquelle on jette ce caillou qui fait des petites vagues... On ressent quelque chose, un infime instant, quand tout se trouble que l'on voit son reflet changé par d'infimes vaguelettes. Et cela finit. Tout repart à zéro, comme si l'eau n'avait jamais été troublée".

J'ai écrit ça quand j'avais quinze ans. Je trouve que ces mots ont toujours une certaine force, quelque chose qui les fixe dans le temps. Je sais pas si ça doit me rendre heureux ou pas. D'un côté, je me sens un peu comme un écrivain qui fait une bonne citation et qui la relit dix ou quinze ans plus tard dans d'autres livres. De l'autre, ça me rappelle que je suis toujours, en partie, un ado de quinze ans qui refuse de grandir. Et ça, c'est bizarre. Qui aurait envie d'avoir quinze ans pour toujours ? Qui ?

Et, alors que tu lis ces mots qui te parlent de mon état actuel, je te prie de bouffer la vie à pleine dents comme j'aurais souhaité le faire. Mais maintenant c'est trop tard.

mardi 17 juin 2014

White Bird, The Great Divide

"But I can find familiar faces in every different places"


Je n'ai jamais fait de chronique du premier album de The Great Divide, pour une raison simple. C'est que c'était un premier album, et je me voyais mal juger une telle bombe sans avoir de points de comparaison. Alors je vous le dis maintenant, cet album est mortel. Une claque dans la gueule. Une sorte de metalcore / crossover, un coup de pied au cul pour les matins où t'as du mal à te lever et que t'as juste envie de traînasser au pieu comme une larve. D'autant plus que j'ai eu la chance de voir le groupe en concert. C'est là que Tales of Innocence and Experience prend vraiment toute son ampleur. C'est là que le groupe était dans son élément. Clairement.

Pourquoi "était" ? Parce que White Bird arrive comme une balle et te pète les dents de devant. Bien que ce soit un EP de sept titres, le groupe balance autant que sur un album de 11 ou 12 pistes. Le groupe a vraiment pris une autre ampleur, je pense que la tournée n'y est pas pour rien. Le line-up a aussi trouvé une très probable stabilité, après des changements, notamment de bassiste et de guitariste. Ça a dû aider à construire une véritable identité au groupe. Côté chant, on assiste à une métamorphose de la part de Seb, qui se permet maintenant des passages chantés, en plus des choeurs, qui manquaient au premier album. Les choeurs sont aussi la grosse composante du groupe, certainement celle qui lui donne son identité, je trouve. C'est clair et net sur Familiar Faces, vers la fin. "I cross these cities / Lights on my face / Don't look back / Don't look back". Dans la plupart des groupes, les choeurs sont là pour appuyer le chant principal. Là, ils n'appuient pas, ils portent.

C'est véritablement un mini album-live que le groupe nous livre. La même énergie, la même rage qu'en concert. La puissance de son est libérée, le mastering est nettement plus clair que sur le premier album, moins compressé. Pour rester dans le thème, j'ai envie de dire que cet album est aérien au possible, malgré la lourdeur imposante de la structure rythmique. Et si c'était ça, la musique ? Enregistrer chaque morceau comme si c'était le dernier ? J'ai vraiment hâte de voir ce que ça donne en live. Parce que la puissance doit être démultipliée.

Si le premier album était très bon pour un premier album (avec des morceaux qui claquent vraiment, du genre Leave Tomorrow ou encore le diptyque Innocence/Experience), et qu'il n'y avait déjà pas grand chose à jeter dedans; avec White Bird, on atteint le stade critique où l'unité de l'album est le corollaire de chacun des morceaux. C'est comme enlever un mur porteur à une maison. Ça tiendra pas longtemps, ça finira par se casser la gueule et faire des dégâts. Il y a une unité dans cet album, qui n'était pas spécialement présente dans le premier. C'est aussi très certainement cela qui donne une telle puissance à cet album. Il n'est pas seulement technique, il est aussi construit autour d'un noyau central.

J'aimerais préciser que les gars n'ont pas bâclé le travail. Loin de là. La couleur de l'EP est donnée dès le livret : "More than just a tribute [to Charles Nungesser], these seven tracks are a dedication to those who refuse to accept their fate as mere human beings, constantly pushing the limits of their existance and never giving up on their dreams". Pour ceux qui parlent pas anglais, l'album est basé sur l'histoire de Charles Nungesser, qui a traversé l'Atlantique mais s'est écrasé en mer et n'a jamais été retrouvé. Toujours lutter pour ses rêves. C'est cette dernière idée qui est reprise dans White Bird. Du début à la fin. Le courage de lutter pour ses idées, ses rêves. Pledge, premier morceau, donne le ton : "'Cause like us, you've never needed anyone / To fulfill your life and dreams / So get on our side and start running".

L'unité de l'album est, comme je l'ai dit, dans son thème. Ce thème de la liberté est complété par celui du "You Only Live Once", qui sert de support pour à peu près tous les groupes de hardcore. Hussard de la Mors se place donc dans cette optique du YOLO "I pay no mind to those who talk but never act". Un peu le motto d'August Burns Red, "Evolve or die / Move on or drown". Cependant, et c'est finement joué de leur part, l'écriture de l'album a été faite d'une telle façon que ça ne revient pas comme un cliché d'ado paumé, mais comme un slogan d'un militant convaincu.

Au final, cet album est un rayon de soleil un jour de pluie. Un coup de pied au cul pour les matins trop chiants. Comme il est dit dans Right Choice, c'est clairement plonger dans le bruit. Pour essayer de faire un bon choix. Toujours aller de l'avant, peu importe les autres, peu importe la couleur du ciel. Toujours .

mercredi 11 juin 2014

Singes du Futur, Andreas et Nicolas

Nico, Andreas et Tramway. Et un singe. Dans le fond.


Andreas et Nicolas (aka Fetus d'Ultra Vomit) reviennent en force avec Les Singes du Futur. Ils nous avaient quitté, façon de parler, en 2010 avec Les Singes du Passé, le dernier morceau de l'album Super Chansons. Déjà, de base et sans aller loin, on peut dire que les deux comparses se sont pas vraiment foulés pour trouver un nom à leur album. Peut-on, cependant, leur jeter la pierre de la discorde ? Non, clairement pas. Parce que ça fait le lien direct entre les deux albums. Parions que le prochain album sera "Les Singes du Présent". Je serais pas surpris. Encore que...

Cet album est un concept album, au même titre que The Wall de Pink Floyd ou Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, des Béatlès (comme le dit la voix du vaisseau). Pourquoi est-ce que c'est un concept album ? Parce qu'on suit la dernière demie-heure du voyage d'un vaisseau sensé apporter la vie humaine sur la planète Cribule. Sauf que la dernière entité vivante, bah c'est un cochon. Un cochon nommé Tramway (et pas un Tramway nommé Désir, vous l'aurez compris). Et qu'il choisit, malencontreusement, un album d'Andreas et Nicolas pour revivre les plus grands moments musicaux de la planète Terre. Alors bon. Autant le dire de suite, ça vole pas haut, mais c'est ce qu'on cherche. On commence dans le lourd. Vraiment du gros gros morceau balèze : Les Vaches. On nous lève un nouveau coin de voile quant à la théorie du complot : les vaches seraient des extraterrestres et leurs tâches seraient, en fait, des cartes de l'univers (et on nous fait un rapprochement entre le lait et la voie lactée. Vala vala). Y'a aussi le morceau En Abitibi qui est sympa. Où on apprend qu'au Québec, "y'a pas le Louvre, mais qu'il y a des louves" (voilà, on en est là hein).

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, au premier abord, ceci N'EST PAS un album à faire écouter à des enfants. Vous avez vraiment envie d'expliquer à vos mioches pourquoi "Super Salope sait sucer, ça c'est sûr !" ? Non, je crois pas que vous ayez envie d'en venir à l'explication scabreuse du verbe "sucer". Ou alors pourquoi y'a des affreux bruits de succion après que Super Salope a dit "fella-fella-fella-fellation" ? Je crois pas non plus. Alors pour vous épargner des explications gênées, évitez. Voilà. Parce que cet album parle beaucoup de cul. En même temps, les deux goyots viennent directement de la scène metal, vous me direz alors que c'est normal. Oui, peut-être. Ou pas. Mais bref, on s'en fout parce que le but de l'album n'est pas là. Bon, c'est sûr, y'a le génialissime Chatroulette qui viendra enfoncer le clou si vous voulez vraiment faire écouter cet album à des enfants. Et vous l'aurez bien cherché.

Point positif (je trouve), les deux comparses ont zappé les morceaux de 20 secondes, qui n'apportaient pas forcément grand chose à l'album. Plus de narcolepsie, plus de Will Smith, plus de pacemaker. Bon, je vous cache pas que certains morceaux sont vraiment à six pieds sous terre, genre Tempête d'astéro-hits, qui compile, en 2 minutes, toutes les chutes de morceaux qui n'ont pas été gardées pour l'album (et aussi une reprise cachée d'un morceau ultra-famous d'A&N mais aussi d'Ultra Vomit), morceaux qui auraient pu se retrouver en pistes à part sur l'album précédent. Saluons donc la "maturité" des deux gars qui ont mis une corbeille pour vomir leurs morceaux ailleurs que sur le reste de l'album.

On peut toujours remarquer qu'Andy et Nicky ont un problème de paternité (et avec le sexe, oui, plus généralement). Ici, après avoir voulu enfanter un ours sur Super Chansons, ils désirent passer au stade supérieur en voulant enfanter un éléphant. "Le sexe, invention perverse de l'Homme depuis la nuit des temps". C'est toujours bien de le préciser, mais on reste dans la thématique du premier album. Du cul, toujours du cul, rien que du cul ! Rien que le morceau Mon Costume de Singe peut faire penser au tabou qui entoure les transformistes et les transgenres.

Mon morceau préféré de l'album est certainement Est-ce que tu veux sortir moi ?, qui compile tout ce qui a été fait par le duo depuis 2009 : le côté fucked up, la capacité à faire un morceau construit avec cette touche de truc complètement tordu (quand Crazy Clochard s'énerve et beugle qu'il va faire un sandwich !).

Bref, cet album est génial, une vraie bombe atomique dans les studios d'Univers(al) qui va rendre folles toutes les super salopes de l'univers, et ainsi pouvoir les assouvir vers le but ultime : fella-fella-fella-fellation ! Bon, c'est sûr, c'est parfois bancal. Mais on se marre bien. Et c'est le principal.